Marie-Laure Pataut « Peindre une passerelle entre réel et imaginaire »

img_20161223_175514Décembre 2015, La Passerelle des Arts rencontre Marie-Laure Pataut dans une exposition organisée par Ursine Art.

Coup de cœur pour ses tableaux, le bleu de ses toiles. Le contact est donc établi. C’est dans les lieux d’exposition, mis à sa disposition par l’association Les Peintres du Marais en décembre 2016, que Marie-Laure nous accueille et évoque son parcours.

 

[La Passerelle des Arts] Après une licence Beaux-arts/Arts plastiques, vous avez repris un cursus aux Beaux-arts il y a une dizaine d’années. Quels ont été les éléments déclencheurs ?

[Marie-Laure Pataut] J’ai suivi un cursus en peinture à l’huile pour compléter ma formation initiale car, dans les années 70, l’art conceptuel dominait l’enseignement et nous avions eu peu de pratique picturale.

Cette formation était aussi l’émergence d’un désir plus profond qui s’est actualisé à l’attente de mon troisième enfant, pas par hasard. Je connaissais l’état de schizophrénie que connaissent beaucoup de femmes entre vie privée et projet personnel. Même si ponctuellement je tentais des incursions dans le domaine de l’art, face aux contraintes de temps, nous sommes encore à nous demander comment concilier ces deux mondes, mais beaucoup mieux serait : comment faire pour qu’ils ne soient plus inconciliables.

 

[LpdA] Vous attachez toutefois de l’importance à votre vie familiale. Est-elle source d’inspiration dans votre démarche artistique ?

[M-L P]  Oui dans le sens où je souhaite intégrer dans mon travail la réalité du quotidien, une réflexion sur l’intime et le collectif, une passerelle entre réel et imaginaire, entre le dedans et le dehors, …considérer les choses de façon plus globale.

Il y a aussi une réflexion par rapport au temps, le temps quantitatif de Chronos et celui qualitatif de Kairos, et un troisième, le temps cyclique de Aiôn qui correspond plus à l’approche de la culture orientale. Et puis la génération Y qui modifie notre rapport au temps. Nous avons besoin du temps de la réflexion, et de la non réflexion, pour créer.

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[LpdA]  Pourriez-vous préciser ?

[M-L P]   Je re travaille aussi des photos que j’ai prises pendant mes années “Chronos” (diapositives, formats papier, photos prises avec mon portable) dont je fais de petits livres. J’aimerais mettre en place une exposition avec mon entourage (généralement absent ou dans l’ombre des expositions) sous forme de photos, en interaction.

Duchamp avait exposé un porte-bouteille en poussant à l’extrême la définition même de l’œuvre d’art. J’aimerais jouer avec un porte-bouteille, ou une cafetière ou un caddie, non pas dans le cadre d’une réflexion intellectuelle sur l’art (ce que je trouve par ailleurs très intéressant) mais pour en faire la matière ou le sujet d’un travail de création.

Par “jouer” j’entends “prendre plaisir à …” Je pense que plus nous prenons de plaisir à travailler, plus notre travail devient fructueux. Même si nous avons l’habitude depuis si longtemps d’opposer le jeu au travail, il me paraîtrait intéressant de prendre le risque de s’éloigner de cette dichotomie … qui nous empêche de travailler.

 

[LpdA]  Quelle signification donnez-vous à un tableau ?

[M-L P]   Je me suis souvent interrogée sur l’utilité d’une oeuvre d’art pour la société, pensant qu’il serait peut être plus utile de m’engager plus activement socialement pour lui apporter ma contribution.

Puis devant le constat de la présence de formes artistiques si variées dans toutes les sociétés humaines, je pense qu’il s’agit d’une catégorie du fonctionnement humain qui a une utilité réelle en lien à nos questions existentielles. Ce qui représente un monde en soi qui se traduit par l’infinie diversité des créations.

Le choix du matériau importe peu du moment qu’il nous correspond, qu’il fait écho à notre désir profond. Pour cela il est nécessaire de ne pas « vouloir » un résultat, de ne pas créer afin d’illustrer une idée, si l’idée précède la création, cette dernière perd en signification. Mieux vaut « simplement » suivre son intuition, ce qui demande un peu d’entraînement. Il est difficile de faire simple.

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[LpdA]  C’est par une référence à Daniel Arasse, que vous commencez votre bio sur Linkedin. Pouvez-vous nous en dire plus ?

[M-L P]   Je me réfère à Daniel Arasse car j’ai été enthousiasmée par sa simplicité lorsque j’ai découvert ses livres et son approche de la peinture. Il m’a fait découvrir des contenus de tableaux (par exemple dans : « On n’y voit rien ») que je n’aurais pas su discerner par moi même, de façon claire, profonde et en relation avec les contextes historiques et géographiques des oeuvres.

 

[LpdA]  Que diriez-vous à un peintre amateur qui souhaite perfectionner l’art de peindre des nuages ?

[M-L P]  Qu’il faut lire de bons historiens d’art, qu’il faut voir des expositions, observer le quotidien, les gens, la nature, les photos, les peintures, qu’il est utile de suivre des cours lorsque l’on en ressent le besoin pour un problème technique spécifique et pour échanger avec les autres.

 

[LpdA]  Vous avez un avis modéré sur les cours de peinture. Pédagogie, démarche académique, démarche du professeur ?

[M-L P]  Je pense qu’un professeur doit accompagner un élève pour l’aider à laisser émerger ce qu’il porte en lui de créativité et non pas transmettre un style, une technique à appliquer, même dans le cas où elle n’est pas académique. Je pense que nous sommes généralement trop attentifs à la technique dans la mesure où elle nous rassure, je crois que le risque est constitutif de la création, entre autre celui de se tromper. On peut avoir une technique excellente et être un « mauvais peintre ». Je pense que les désirs de chacun sont différents, certaines personnes ont besoin de cours, d’autres pas, ou moins, mais la valeur d’un tableau n’est pas proportionnelle au nombre de cours suivis.

 

[LpdA]  Annoncez-vous d’autres expositions pour 2017 ?

[M-L P]  Je vais emménager à Munich cet été mais je resterai en relation avec l’association des Peintres du Marais à Paris et avec La Passerelle si vous m’y autorisez. Au mois de mai 2017, j’exposerai place des Vosges en extérieur le 7 mai et square Jean XXIII (derrière Notre Dame) les 21 mai et le 11 juin.

 

[LpdA]  Comment prendre contact ?

Via Facebook, LinkedIn et prochainement sur mon site.

Par téléphone au 06 80 54 46 35

 

Merci, Marie-Laure. Nous vous souhaitons full success en Bavière

Propos recueillis par Jean-Gabriel Giraud

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