Mother and Child, 1897 (Mary Cassatt)

« Réflexions sur l’art » Paris janvier 2017 – par Bernard Johner, peintre

COPIER AVEC SENSIBILITÉ

La main, de par sa dextérité et ses prouesses, a toujours été utilisée  pour dessiner et peindre. L’artiste, cet être sensible, crée avec son esprit et sa sensibilité. Intéressons-nous  aux artistes dont  l’expression touche à cette sensibilité.
Essayons de les comprendre à travers leurs œuvres. Intéressons-nous à Marie CASSAT (1844-1926),  une artiste américaine, qui possède un savoir faire qui mérite une attention particulière.

Je vous propose d’examiner  l’une de ses œuvres intitulée  » Mère et enfant ou maternité« . Cherchons à comprendre ce pastel (1).

Mother and Child, 1897 - Mary Cassatt (c) www.marycassatt.org_
Mother and Child, 1897 – Mary Cassatt
(c) http://www.marycassatt.org_

Que voyons-nous dans cette œuvre et quelle est notre impression à première vue ?
D’instinct,  le regard va vers ce qui paraît être le plus naturel .On peut voir  deux visages traités d’une manière dirons-nous classique. Un spécialiste pourrait dire que ces visages sont bien exécutés, avec une facture libre. (2)

Si maintenant nous prêtons attention, nous observons en bas de l’œuvre que le bras de la mère semble trop long et que sa main paraît être négligée dans son exécution ? Et que remarque-t-on à gauche de cette main ?  Un grand aplat coloré traité comme par une  » traînée laissée par la poudre de pastel » qui semble avoir été traitée avec désinvolture…
En observant à présent  de plus près, on s’aperçoit que l’artiste Marie CASSAT a travaillé davantage les deux têtes que le reste de l’œuvre.

Que pouvait en être la raison ?

Marie CASSAT était une excellente technicienne et a eu le privilège d’apprendre avec de grands Maitres (tel Degas).

Alors pourquoi cette partie en bas du pastel semble-t-elle avoir été laissée  comme à l’abandon ?

Regardez ce petit trait en forme de zigzag juste à gauche de la main de la mère. Que fait-t-il à cet endroit ? Il est pourtant d’une justesse inouïe !  C’est justement là où se situe le génie de Marie CASSAT.
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L’important n’est pas de copier mais de comprendre pourquoi on copie… Copier c’est pouvoir connaître son sujet pour ensuite l’oublier et ainsi  pouvoir le transformer.
Marie CASSAT a parfaitement montré dans ce pastel sa fougue, sa féminité, et c’est le principal.
Le petit trait en zig-zag est justement placé là pour dévier le regard du spectateur.
Et les traits qui annoncent le dessin des doigts ? Pourquoi semblent-t-ils noyés dans la couleur? Il fallait vraiment oser le faire.

À DEUX MAINS

Nous pouvons  remarquer que Marie CASSAT pose toujours la couleur avec beaucoup de douceur. Son trait est si sûr que cela lui permet d’être subtile.
Les tons qu’elle emploie sont toujours recherchés et ont un raffinement qui lui est propre. L’harmonie de ses couleurs est très bien choisie. Sa façon de dessiner est très particulière, nerveuse, expressive, vraiment personnelle et d’une certaine façon  postmoderne dans sa façon de s’exprimer.
Ce pastel peut-être considéré comme un chef d’œuvre, car il représente ce moment particulier de la vie où l’amour est donné par une mère à son enfant.

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Ce qui pourrait nous laisser croire que la main de Marie CASSAT a prolongé sa pensée pour l’aider à s’exprimer.

Nous savons tous que la main a cette faculté extraordinaire de transmettre avec obéissance, patience, acharnement parfois ce que l’on nomme « la création ».
Cette main a toujours donné à la « création » son  titre de noblesse.
Elle mérite donc que l’on se penche sur elle pour mieux la comprendre.

La main de l’artisan comme celle de l’artiste a toujours demandé un apprentissage sérieux.

C’est ce que l’on peut observer ici dans l’œuvre de Marie CASSAT.  Il faut savoir qu’elle est venue vivre et travailler à Paris pour  étudier les grands Maîtres et qu’elle a eu la chance  de fréquenter les impressionnistes.
Son œuvre d’une féminité merveilleuse nous montre sa grande liberté d’expression.
On ne peut que lui rendre hommage.

Oser bousculer et transformer les habitudes techniques  comme elle a pu le faire… il fallait avoir un sacré génie.

Bernard JOHNER.
« Réflexions sur l’art » Paris janvier 2017

(1) Il faut savoir que le pastel est un pigment naturel comme les terres naturelles ou  de la poudre colorée par la chimie et dont la technique se situe entre le dessin et la peinture,
(2) Travailler la matière du pastel est chose très délicate, on le sait. Marie CASSAT dans l’exécution de ce pastel a osé prendre des risques.

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